Pourquoi on a été déçu par Outerknown, la marque de Kelly Slater

L’annonce avait fait l’effet d’une bombe. Le king Kelly avait annoncé l’année dernière qu’il quitterait Quiksilver, son sponsor historique. Pour aller où ? Faire des infidélités et aller à Rip Curl ? Non. Kelly pense à l’après compétition. « Que faire quand j’aurai terminé ma carrière de surfeur pro ? » Kelly a trouvé la réponse sans passer par la case Pole Emploi, le surfeur devient un business man.

Comme Jordan à l’époque dans le basket, il sait que son nom, son image et son influence représentent une valeur commerciale très précieuse et surtout puissante. Dans les années 90 Mike avait choisi de rester avec Nike mais de créer avec la firme au swoosh une marque avec son propre nom, son surnom pour être précis : Air Jordan. Stratégie gagnante, aujourd’hui les chaussures Air Jordan se vendent comme des petits pains dans le monde entier, faisant de Jordan un sportif milliardaire. Stratégie différente pour Slater, puisqu’il a décidé de créer sa propre marque indépendante baptisée Outerknown.

Après avoir fait pas mal de teasing sur les réseaux sociaux et notamment Instagram, le surfeur nous a expliqué qu’il était très excité à l’idée de se lancer dans un nouveau projet, une nouvelle aventure (en plus du surf, puisque le papy est toujours sur le Tour). Et après des mois de travail, notamment dans le processus de fabrication et de sélection des matériaux, la marque est officiellement sortie le 16 juillet dernier.

Bon alors, Outerknown, c’est quoi cette nouvelle marque du surf-business ?

« Outerknown explore la relation entre fonctionnel, style et durabilité” explique Kelly Slater. Le business man avait à cœur de proposer une marque transparente sur la traçabilité et l’emprunte carbone et plus généralement sur son impact écologique. Sur son site, il explique proposer une collection pensée par des designers, une fabrication respectable de l’environnement conçue par des producteurs impliqués, pour à la fois des athlètes mais aussi tous les citoyens du monde. Une collection qui se veut ouverte, avec une inspiration venant des quatre coins de la planète. A l’image de ces nouvelles générations qui parcourent les continents pour se façonner leur propre vision du monde et de l’humanité. Outerknown se veut une marque multi-culturelle.

Kelly Slater

Et il faut avouer que le résultat est plutôt sympa. Les produits sont de qualité, à la fois sobre et classe. Peut être même un peu trop sobre. Si les coupes sont ajustées, les designs sont eux un peu fade. Outerknown ce n’est pas une marque de surf classique. On est loin des standards du surf actuel. Ici on s’adresse à une clientèle masculine à la fois urbaine, décontractée et sophistiquée. En fait, Outerknown, ce n’est pas vraiment une marque de surf.

Alors tu vas me dire « ba ouai mais Kelly il fait ce qu’il veut, il est pas obligé de faire que dans l’industrie du surf ! ». Le fan qui est en moi te dirait que oui, tu as raison, libre à lui de partir sur une aventure complètement différente. Mais le marketeur qui est en moi te dirait « pourquoi ne pas profiter de son image de meilleur surfeur de tous les temps pour créer une collection en adéquation avec cette image véhiculée » ?

Nous, ses fans surfeurs, on voulait qu’il nous propose des produits adaptés à nos besoins, aux tendances et à notre « way of life ». Lui qui a parcouru le globe pour surfer, il pouvait nous ramener des produits fun, respectueux et accessibles à toutes les populations qu’il a rencontré. Pas qu’il fasse une marque de luxe accessible uniquement pour une minorité au compte bancaire bien fourni. Et oui, car si la qualité et les innovations écologiques sont la, les prix sont hallucinants : 425 $ pour un sweatshirt, 118 $ pour un t-shirt ou encore 95 $ pour un bonnet ! Il ne faudra donc pas hésiter à casser son PEL pour s’offrir un beau sweatshirt.

Outerknown

Pour justifier ces prix élevés, il faut bien sûr prendre en compte l’achat des tissus durable et écologique, la rémunération à leur juste valeur des salariés des usines Péruviennes ainsi que l’utilisation de moyens de transports plus green. Il est vrai que tout cela coûte cher et qu’il faut en prendre compte dans le prix final. Mais il y a je pense un juste milieu à trouver pour le consommateur. Des marques comme Patagonia ou Lastage arrivent à faire de beaux produits respectant toutes les parties de la chaîne, avec un prix final plus raisonnable pour le consommateur. D’ailleurs pour ceux qui s’intéressent à l’impact écologique et l’industrie surfwear, je vous invite à lire le livre Homme d’affaires malgré moi d’ Yvon Chouinard, le fondateur de Patagonia.

Du coup, avec ces tarifs, nombreux sont les fans qui ont été déçus et l’ont exprimé sur les réseaux sociaux. Moi le premier. Pourquoi ? Car si c’était George Clooney qui avait annoncé le lancement d’une marque de fringue, on aurait attendu de la classe et du luxe. Mais Kelly, franchement, toi l’homme simple et accessible, tu ne peux pas nous faire ça à nous, tes fans ? Bon aller, ce n’est que la première collection, on te laisse une seconde chance Kelly. Reviens nous vite avec une collection toujours aussi respectueuse mais plus abordable. A ton image tout simplement.